Victimisation des aîné(e)s et aide aux victimes
par Robert Cario, Professeur à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour,
Co-Directeur du DESS Droit des victimes, Président de l’Association Paloise d’Aide aux Victimes
et de Médiation (APAVIM)
(Texte paru dans Revue de Sciences
criminelles, 2002-1, pp. 81-94)
La place que la société réserve aux aîné(e)s les plus vulnérables est dramatiquement inhumaine. Et s’il est devenu commun d’affirmer que les victimes, au sens large, sont les éternelles oubliées du système de justice pénale, les aîné(e)s victimisé(e)s voient, au surplus, les souffrances qu’ils endurent totalement niées par la société. Ce n’est en effet que très exceptionnellement que des suites pénales sont données aux infractions dont elles sont victimes [1] . Il s’agit au surplus de victimisation, pas seulement d’infractions pénales. Ce phénomène est généralement débattu autour de la notion de mauvais traitements, dont la définition est extrêmement variable, sinon arbitraire. Une récente recherche canadienne a souligné les insuffisances des définitions connotatives ou structurelles de tels agissements, pour retenir une définition descriptive (intitulée « Outil d’étude des mauvais traitements à l’endroit des personnes âgées ») comprenant 71 éléments attribués de façon fiable à 9 catégories [2] . Un souci de clarification peut conduire à définir cette victimisation comme caractéristiques d’actions ou d’omissions, en provenance d’une personne de confiance, de nature à provoquer des lésions physiques, des traumatismes psychiques ou psychologiques, des préjudices matériels et/ou sociaux graves. Une telle définition inclut les faits révélés ou non, volontaires ou involontaires, posés par l’aidant naturel (généralement la famille ou des proches) ou les intervenants professionnels de compétences diverses (services de soins, services sociaux, institution judiciaire et auxiliaires de justice notamment).
Ces victimisations concernent les aîné(e)s, soit des personnes âgées de plus de 60 ans. Ce concept apparaît comme le plus neutre, dans le foisonnement des propositions doctrinales : vieux, vieillard, ancien, senior, retraité, membre du 3ème âge, du nouveau 3ème âge, voire du 4ème âge. Le concept de vieillesse, principalement, pour demeurer générique, est très fortement contingent de l’histoire, des cultures et des idéologies dominantes au moment de sa qualification. La vieillesse ne peut s’assimiler entièrement à la retraite (qualifiée parfois de mort sociale) ou à la démence sénile (qualifiée encore de mort psychique). L’allongement considérable de la vie de l’être humain (74.9 ans chez l’homme, 82.4 ans chez la femme) interdit de telles assimilations. Le fait de ne plus participer aux activités de production ou d’être atteint de pathologies diverses n’enlève en rien aux intéressés la qualité de personne humaine, toujours vivante. Aussi le choix du terme aîné(e) s’impose, à l’invite de nos amis canadiens qui, cultivant merveilleusement la langue française, ont gardé à l’expression toute sa signification de l’ancien français : est aîné celui qui est né avant, celui qui est né le premier.
Quoi qu’il en soit, au-delà de ces précisions sémantiques, la victimisation des aîné(e)s est considérée, enfin [3] , comme un phénomène social majeur, à la hauteur de l’émotion suscitée, aux cours de ces dernières décennies, par les mauvais traitements à enfants (spécialement de nature sexuelle), par les violences conjugales à l’égard des femmes et, plus récemment encore, par le harcèlement moral en milieu de travail. Elle constitue la forme de violence intrafamiliale la moins connue, pour ne pas dire la plus dissimulée. Et le constat vaut pour les actes commis ou les omissions en provenance des intervenants, à domicile ou en milieu institutionnel, pour qui la part de la routine et de l’anomalie, du normal et de l’interdit est souvent diffuse.
Les travaux disponibles indiquent en effet qu’en France comme à l’étranger, 4 à 15 % des aîné(e)s sont concernés (selon que l’on comptabilise les faits révélés aux autorités compétentes ou le chiffre noir considéré comme important dans ce domaine précisément de violences intrafamiliales), soit, en chiffre bruts, de 600 000 à 2 000 000 personnes dans notre propre pays. A contrario, ces résultats indiquent aussi que la vieillesse n’est pas synonyme de drame personnel inéluctable : il y a des aînés heureux qui coulent, dans la sérénité, leur fin d’humanité, à leur rythme.
Comme en d’autres domaines, des inégalités criantes s’observent néanmoins dans la population des aîné(e)s. Des atteintes à leur dignité de personne frappent toutes les communautés, quelle que soit la culture dominante, sans beaucoup de nuances sinon dans les modalités de révélation ou, si l’on préfère, selon le seuil de tolérabilité ethno-culturelle. Y compris en France où, rappelle Robert Hugonot, « les vieux sont de plus en plus vieux et les jeunes de plus en plus démunis » [4] . Les victimisations observées attestent souvent de l’inversion des rôles parents/enfants, davantage encore de ceux de dominants et de dominés. La dépendance qui accable l’aîné fait resurgir, comme le souligne Jean-Marc Elchardus, « le conflit odipien : sur un mode pathologique, insuffisamment élaboré, ou encore dans cette nouvelle donnée odipienne que provoque le renversement des dépendances entre générations » [5] . La gravité et la fréquence des négligences ou des maltraitances sont alors étroitement corrélés à la socialisation des intéressés, victimiseur et victimisé, pauvre la plupart du temps aux plans affectif, familial, psycholinguistique, social, culturel et économique notamment. Elles dépendent encore de l’existence de violences antérieures de la part de la personne finalement victimisée (parents ou conjoint maltraitant)(I).
La réelle prise de conscience de la victimisation des aîné(e)s est récente. C’est autour des années 80 que des chercheurs et des professionnels se sont émus des conditions de vie dramatiques dans lesquelles se trouvait une part non négligeable de personnes âgées, soumises à des négligences et des mauvais traitements inacceptables. Tous dénoncent alors le silence qui entourent de telles inhumaines exactions et proposent des stratégies d’intervention adaptées à la population. Foisonnantes dans le monde anglosaxon, de telles recherches et pratiques professionnelles ne sont apparues en France qu’au cours des années 90 [6] . Le rôle pionnier du Professeur Hugonot et de son équipe a conduit à la création, en 1995, du réseau Alma (Allo, maltraitances aux personnes âgées). Des politiques publiques spécifiques tardent néanmoins à se mettre en place, au mépris des rapports officiels et des enquêtes épidémiologiques aujourd’hui incontestables. Certes des prises en charge de qualité existent, mais elles demeurent trop confidentielles et ne concernent guère les plus démunis. Un long chemin reste donc à parcourir, tant au niveau de l’accroissement significatif des moyens financiers, qu’à celui de la formation des intervenants et, davantage encore, à celui de l’évolution des mentalités pour que les aîné(e)s continuent à jouir pleinement de tous les droits et attributs, inaliénables et sacrés, qui sont attachés à la personne humaine, car la vieillesse ne doit être ni un naufrage, ni une traversée du désert, pour reprendre des expressions dramatiquement célèbres (II).
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I - La victimisation des aîné(e)s : présentation du phénomène
Très généralement, la victimisation des aîné(e)s se caractérise par trois éléments : l’aîné est totalement dépendant de l’aidant ou de l’intervenant ; l’aidant ou l’intervenant est complètement dépassé par les exigences de soins que requiert l’aîné ; la victimisation est cachée aux autres ou non immédiatement visible (membres de la famille ou collègues de travail). La synthèse de la plupart des recherches conduit à indiquer que près des ¾ des victimisations ont lieu en famille. Si les victimisations empruntent des modalités bien repérées, toutes ne sont pas reportées aux autorités compétentes. Le profil des protagonistes, victime et victimiseur, atteste quant à lui de formes aiguës de vulnérabilité.
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A - Les différentes formes de victimisation
Elles sont d’ordre physique, psychologique, financier, médical, civique. Elles prennent aussi la forme de négligences coupables. Il importe de souligner que ces différentes formes de victimisation sont souvent associées entre elles (sous forme de chantage à l’abandon ou de représailles par exemple) et, surtout, que leur gravité et fréquence augmentent avec le temps. Leurs conséquences varient en effet selon qu’elles sont isolées ou multiples, volontaires ou non, épisodiques ou répétées, exercées par incompétence (en termes de formation notamment) ou avec l’intention de nuire.
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1. Les victimisations connues
Les victimisations d’ordre physique sont constituées par des atteintes à l’intégrité physique de la personne : bousculades, égratignures, brûlures, ligotage (sur le lit, une chaise ou un fauteuil), bâillon, coups, abus sexuels, viols, absorption de produits toxiques. pouvant conduire à la mort de l’intéressé.
Les victimisations d’ordre psychologique provoquent des souffrances émotionnelles : indifférence affective, dénigrement, langage grossier, injures, humiliations, agressions verbales, menaces, intimidations. pouvant amener le sujet à la dépression voire au suicide.
Les victimisations d’ordre financier attestent d’une exploitation [7] injustifiée des ressources et des biens de la victime : encaissement abusif de chèque, virement de fonds, confusion de patrimoine, rétention de pension, vol d’objet mobilier, privation abusive de biens matériels (vêtements, télévision, livres ou magazines, chauffage insuffisant), signature forcée, vente de biens, héritage anticipé. pouvant conduire à priver la victime de tous ses avoirs. Il convient de ne pas oublier que les aînés sont aussi l’objet d’escroqueries, plus anonymes (télé-marketing, vente par correspondance, timeshare, sur-équipements sécuritaires) et victimes d’actes de délinquance de voie publique.
Les victimisations d’ordre médical consistent en l’imposition d’un traitement inapproprié : surmédication de neuroleptiques, non respect des doses prescrites (excès ou insuffisance), intervention non consentie, non traitement de la douleur. pouvant conduire à des troubles somatiques graves voire à la mort du patient.
Les victimisations portant atteinte aux droits de la personne : droit à la vie, à l’identité, à la sécurité, droit à la sexualité, droit à s’exprimer sur tout sujet concernant l’intéressé ; mais encore violation de l’intimité, obstacles ou détournement du droit de vote, prise de décision contre le gré de l’aîné, environnement non conforme aux règles d’hygiène et de sécurité, interdiction de rencontrer d’autres personnes, placement en institution ou mise sous tutelle imposé, isolement forcé. conduisant au déni de la dignité et du respect dus à tout être humain [8] .
Les victimisations consécutives à des négligences actives ou passives. Les premières consistent à ne pas répondre sciemment aux besoins de l’aîné : privation de nourriture, de boissons, de vêtements et, plus généralement, privation des nécessités de la vie quotidienne. Les secondes, négligences passives, proviennent de l’absence de sensibilisation et de compréhension de l’aîné : toilette irrégulièrement effectuée, personne désorientée laissée seule, oublis divers (des changes, des barrières, manque d’entretien des lieux de vie), confinement en des lieux exigus.
Il apparaît particulièrement délicat de chiffrer ces différentes formes de victimisation, tant les biais méthodologiques sont importants (représentativité, taille de l’échantillon ; prévalence et incidence des victimisations observées ; définition(s) des sévices et négligences ; groupe de contrôle). L’association ALMA a récemment évalué, à partir des données brutes contenues dans les 8 000 dossiers constitués depuis sa création, l’importance respective de ces victimisations [9] :
| Violences psychologiques |
27,00 % |
| Violences financières |
23,45 % |
| Violences physiques |
14,30 % |
| Violences civiques |
13,70 % |
| Violences médicamenteuses |
04,65 % |
| Négligences |
16,60 % |
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2.
Les victimisations cachées
Il convient de bien garder présent à l’esprit que ce
que révèlent les résultats présentés porte sur les victimisations reportées,
c’est à dire connues des autorités compétentes (services sanitaires et sociaux,
police/gendarmerie, justice). La victimisation cachée des aîné(e)s apparaît
cependant très importante. Les enquêtes de victimisation ont effet mis en évidence
qu’un nombre conséquent d’exactions n’étaient pas reportées, ne sortaient pas
de la famille ou de l’institution concernée. Les raisons en sont multiples et
assez préoccupantes quand elles conduisent à culpabiliser la victime elle-même :
la honte d’être vieux, de vivre si longtemps, de ne plus correspondre aux standards
dominants (de la jeunesse, de la beauté, de la productivité, de la bonne santé) ;
la honte du scandale dans la famille ou dans l’institution ; la peur de
représailles, d’une désunion familiale, de l’isolement affectif, social, d’un
placement en institution, d’une expulsion de l’institution ; la fierté
à vouloir s’assumer seul, à régler ses problèmes en famille ; le refus
de dénoncer un proche qui risque par là-même une condamnation ; l’existence
habituelle de violences dans la famille ; la méconnaissance des aides,
des recours et, surtout, la difficulté à les mobiliser ; les perturbations
de la communication à cause de troubles cognitifs.
Les membres de la famille eux-mêmes peuvent répugner
à dénoncer les victimisations par crainte de voir un des leurs poursuivis pénalement,
par peur que des négligences dans l’accompagnement de l’aîné(e) ne soient mises
à leur propre compte. Les mêmes arguments valent pour les institutions au sein
desquelles des personnels se livrent à de telles pratiques inacceptables, qui
reculent parfois encore le moment du signalement par respect erroné de la confidentialité,
par peur de perdre leur emploi. Les professionnels intervenant à domicile peuvent
également hésiter à signaler ces victimisations parce que de tels agissements
ne leurs sont pas toujours familiers. Leur méconnaissance ou incompréhension
apparente de la situation conflictuelle susceptible d’émerger dans un tel contexte
familial empêchera les confidences de l’aîné(e), dont les modifications subites
de comportements ou d’attitudes devraient néanmoins attirer l’attention d’un
professionnel averti (apparence négligée, méfiance exagérée, symptômes de dépression
comme des pleurs fréquents, des insomnies, une perte d’intérêt généralisée).
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B
- Profil des protagonistes
1. Les ainé(e)s victimes
Il s’agit majoritairement d’une femme (dans 3 cas sur
quatre), d’un âge moyen supérieur à 75 ans, veuve. Vulnérable au plan physique
et intellectuel, elle possède un patrimoine plus important que le victimiseur,
qui cohabite souvent avec elle, dans un isolement social élevé. Leur histoire
familiale ou conjugale est généralement pauvre et atteste assez fréquemment
de relations de violences antérieures de la part de celui ou celle qui est devenu(e)
victime. La consommation de produits toxiques (alcool, médicaments psychotropes)
n’est pas rare.
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2. Les victimiseurs
Dans un cas sur deux, il appartient au cercle restreint
de la famille de l’aîné(e) : principalement fils ou fille ; parfois
il s’agit du conjoint, des petits enfants et dans une moindre mesure des neveux.
Les amis ou les voisins sont également concernés (dans plus d’un cas sur dix).
Les personnels soignants à domicile ou en institution représentent près de deux
cas sur dix. Les autres victimiseurs, plus exceptionnellement, sont les responsables
de maison de retraite, les tuteurs, les banquiers, les escrocs professionnels.
Tous développent à l’endroit de la victime les techniques, bien connues en criminologie [10]
, de neutralisation : négation, dépersonnalisation, dépréciation
de la victime, culpabilité supposée de la victime.
Les victimiseurs issus de la famille de l’aîné(e) présentent
souvent des carences intellectuelles. Ils n’ont pas de revenus stables. Une
dépendance financière (de l’aidant ou de l’aîné) est fréquente. La consommation
de produits toxiques n’est pas exclue. Dans un nombre significatif de cas, le
victimiseur a lui-même subi antérieurement des violences de la part de l’aîné.
Plus généralement, l’aidant est dépassé par la prise
en charge de l’aîné(e), par manque d’expérience dans l’accompagnement des personnes
âgées et/ou par difficulté à assumer sa propre vie personnelle. L’épuisement
provoqué par les aides et soins prodigués à l’aîné(e) est également un facteur
de risque élevé de sévices ou de négligences (burn out). Il importe de
ne pas oublier que les attitudes et comportements de certaines personnes prises
en charge (agressivité verbale voire physique, insatisfactions chroniques, degré
important d’exigences, indifférence affective notamment) sont de nature à déclencher
ou consolider les victimisations. Quand il ne s’agit pas de violences exercées
par des personnes âgées elles-mêmes [11]
.
On ne peut qu’être consterné par les contours ainsi
exposés des victimisations subies par les aîné(e)s, tant en ce qui concerne
leur nature, leur ampleur que les caractéristiques socio-démographiques et personnelles
des protagonistes. Pour tenter de comprendre les mécanismes d’une telle escalade
dans la violence à l’égard de personnes particulièrement vulnérables, massivement
démunies, de la part de personne de confiance (aidant naturel ou intervenant),
chercheurs et praticiens ont fait appel à deux séries de théories. La première
renvoie à la dévaluation généralisée de l’aîné(e) par les générations les plus
jeunes, l’assimilant à un malade à cause des régressions physiologiques et psychologiques
qui accompagnent le vieillissement de l’être humain. Cet âgisme (superlatif
catégoriel à vocation péjorative) conduirait à la déconsidération des tous les
besoins de l’aîné(e), laquelle produirait corrélativement chez ce dernier la
perte de l’image de soi, de l’estime de soi. La seconde théorie, développementale,
met en évidence, au-delà des conflits intergénérationnels, l’inversion des rôles
de dominant et de dominé dans les relations entre l’aîné(e) victime et l’enfant
ou le conjoint victimiseur. Dans de nombreuses situations en effet, l’aîné(e)
qui devient victime a lui-même été auteur de mauvais traitements à l’égard de
celui qui dorénavant le victimise (dominant/victimisé). Cette inversion des
rôles est d’autant plus facilitée qu’à une attitude de vengeance éventuelle
s’ajoutent des problèmes personnels au dominé/victimiseur, comme il a été par
exemple précédemment souligné : une faible estime de soi, une insertion
sociale pauvre, des pratiques toxicomaniaques assidues [12]
.
Pour séduisantes que soient ces systématisations théoriques,
elles n’insistent pas suffisamment sur la dimension de vulnérabilité aggravée
qui accable les protagonistes de telles victimisations. Bien loin de favoriser
les processus et réseaux de solidarité tant familiale que sociale, notre société
libérale exacerbe les individualismes. Comme dans d’autres domaines de la criminologie
et de la victimologie, ce sont les personnes dont l’exclusion est la plus forte
qui recourent à la violence pour réguler les multiples conflits intersubjectifs
auxquels elles s’exposent ou sont exposées. Les personnes intégrées socialement,
riches aux plans affectif, familial, socio-économique et culturel ont plus rarement
recours à la violence, en tous cas lors de conflits d’origine intrafamiliale.
La nécessité de venir massivement en aide aux aîné(e)s victimisés devient alors
d’une urgente et criante actualité.
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II - L’aide aux victimes aîné(e)s : constats et prospective
2011, c’est demain : les personnes âgées de plus
de 60 ans seront plus nombreuses que celles de moins de 20 ans. En
2050, les plus de 60 ans représenteront 1/3 (35.1 %) des français
contre environ 20 % aujourd’hui et les moins de 20 ans, 20.1 %. De
6 000, les centenaires vont passer à 150 000 dans le monde. Ce vieillissement
inéluctable de la population, ce « papyboom » ou ce « mamyboom »
comme on voudra, ne va pas améliorer la situation des aînés vulnérables et,
plus généralement, le risque de stigmatisation des plus de 60 ans est grand.
Certains commentateurs ont déjà reproché le coût trop important des retraites
et des soins dans le budget de la nation ; d’autres soulignent même que
la plus grande disponibilité des jeunes générations à l’égard des plus anciennes
serait aussi en cause dans la baisse de la natalité [13]
. On imagine alors combien est précaire l’équilibre entre âgisme
et jeunisme, lorsque l’on sait au surplus que les aînés représentent 1/3 du
corps électoral. Il va donc falloir transformer les conflits de génération en
échange constructifs, en ne considérant plus les relations entre les âges en
termes d’aide d’une génération à l’autre mais en inventant une nouvelle manière
de vivre ensemble, entre le ghetto institutionnel et les « sun cities »
californiennes interdites aux moins 55 ans [14]
.
Pour l’heure, plus de 12 millions de français ont dépassé
l’âge de 60 ans ; les personnes de plus de 75 ans représentent 4,5 %
de la population et celles de plus de 85 ans près de 2 % [15]
. Plus de 90 % des personnes de plus de 75 ans, plus de
75 % de celle de plus de 85 ans, vivent chez elles. Pour la première
fois en France quatre générations de personnes coexistent au sein d’une même
famille et il y aura bientôt plus de grands parents que de petits enfants.
Concernant plus spécifiquement les personnes en perte
d’autonomie, source de dépendance dont on sait dorénavant qu’elle est un facteur
de risque élevé de victimisation, sur les 12 084 000 personnes âgées
de plus de 60 ans, on évalue leur nombre à 1,3 million - soit environ 10 %
de l’ensemble -, se répartissant dans les lieux de vie suivants :
39 % en établissement spécialisé ; 33 % à domicile ; 28 %
en famille [16]
. Parmi ces personnes, le Ministère des affaires sociales considère
que 800 000 d’entre d’elles (dont 270 000 vivent en institution) doivent
bénéficier de la nouvelle APA, l’allocation pour perte d’autonomie, applicable
depuis le 1er janvier 2002 [17]
.
La situation est donc très préoccupante. Il devient
en ce sens urgent d’agir en consolidant notablement l’existant, à deux niveaux
bien distincts, afin de juguler les victimisations à l’égard des aînés. Il faut
tout d’abord rompre le silence qui entoure de telles pratiques par une
sensibilisation généralisée de la population française au phénomène. Il convient
ensuite d’apporter un soutien substantiel aux aidants, qu’il s’agisse
de la famille, des professionnels intervenant à domicile ou en milieu institutionnel.
Il importe surtout d’offrir à tous ces aidants une formation adéquate et des
outils performants pour mener à bien, en partenariat renouvelé et élargi, l’approche
globale des victimisations dont souffrent les aîné(e)s.
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A
- Rompre le silence
C’est par la sensibilisation de tous que peut naître
l’espoir de voir disparaître la violence de l’ignorance, voire la violence de
l’indifférence [18]
. La prévention demeure la stratégie essentielle : il faut agir
sur tous les facteurs de risques, souvent en interaction complexe et dynamique
aux niveaux socio-économique, psychologique et environnemental [19]
. Mais la question est si grave qu’il importe de ne pas l’abandonner
aux seuls experts et intervenants professionnels. Une authentique éducation
à la solidarité, intergénérationnelle et sociale, doit être proposée à l’ensemble
de la population. Rompre le silence consiste alors à activer des politiques
publiques et associatives de la vie, au niveau national comme au niveau local.
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1.
Au niveau national
Comme en de nombreux autres domaines, le Conseil de
l’Europe a joué un rôle précurseur en matière de violences au sein de la famille.
La Recommandation R(85)4 [20]
sur la « Violence au sein de la famille », comme la Commission
« Violences envers les personnes âgées au sein de la famille », réunie
de 1989 à 1991 [21]
, constituent des sources pertinentes d’inspiration.
La création récente en France d’un Secrétariat d’Etat
aux personnes âgées atteste encore de la sensibilité du Gouvernement à cette
question fondamentale du devenir de la vieillesse. De nombreux Rapports, dont
certains sont déjà anciens (Laroque en 1962), d’autres plus récents (Guinchard-Kunstler
en 1998) ont en effet souligné la nécessité d’une politique globale cohérente
envers les aîné(e)s en général, à l’intention, plus particulièrement, des « malades
âgés handicapés », selon l’expression de Robert Moulias qui réfute celle
« de personnes âgées dépendantes » [22]
.
Pour vaincre cette « épidémie silencieuse »,
il importe principalement :
- de créer un Institut national du vieillissement
chargé de promouvoir et de renforcer les politiques sanitaires, sociales
et culturelles mises en ouvre au bénéfice des personnes âgées ;
- de donner force législative à la « Charte
du patient hospitalisé » [23]
et surtout à celle établie par la Fondation Nationale de Gérontologie
relative aux « Droits et libertés de la personne âgée dépendante » [24]
, d’application aujourd’hui confidentielle. A la manière de la Charte
canadienne des droits et libertés de la personne, il est urgent de consacrer
des dispositions spécifiques destinées à assurer aux personnes âgées ou handicapées
une protection contre « l’exploitation », entendue au sens le plus
large, lorsqu’elles dépendent d’autrui pour assurer leurs besoins de base ou
lorsqu’elles sont plus vulnérables sur le plan psychologique, social ou culturel.
Pour faire respecter et promouvoir une telle charte, il importe de lui attacher
une Commission dotée d’un pouvoir d’enquête, d’intervention d’urgence et, le
cas échéant, de saisine des autorités judiciaires compétentes [25]
;
- de multiplier les campagnes de sensibilisation
par l’instrument de tous les médias disponibles, dans tous les domaines touchant
au statut et à l’accompagnement des aîné(e)s, sous différentes formes :
affichages, dépliants, insertions de presse, conférences, groupes de parole,
lieux ressources notamment.
- de favoriser la recherche universitaire
et la vulgarisation des résultats obtenus. Il paraît opportun de noter
que ce dernier aspect connaît un développement remarquable en France. Au cours
des trois dernières années, pas moins d’une vingtaine de manifestations régionales
ou nationales ont été organisées - certes assez exclusivement dans le monde
médical - et elles tendent à se multiplier en cette année 2001.
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2.
A l’échelon local
De telles politiques doivent naturellement être relayées
et développées à l’échelon local, au plus près des réalités quotidiennes que
vivent les aîné(e)s. En ce sens, il devient indispensable notamment :
- de créer des Commissions départementales
pluridisciplinaires d’expertise, d’évaluation et de dissémination des bonnes
pratiques ;
- de systématiser le réseau d’écoute, d’accueil
et d’aides à l’endroit des aîné(e)s, en partenariat avec les organismes
d’intervention et le réseau associatif d’aide aux victimes. L’expérience acquise
et la qualité des réponses apportées par les 23 antennes du réseau ALMA doivent
conduire à leur implantation sur l’ensemble du territoire. Dans le même sens,
la gestion d’un numéro d’appel national devrait être confiée aux réseaux associatifs
précités.
- de prolonger les campagnes nationales de sensibilisation
en mobilisant les acteurs institutionnels, associatifs et les chercheurs ;
- de réactiver les réseaux de sociabilité
des aîné(e)s afin de rompre leur isolement social. Une récente enquête de l’INSEE
observe une perte réelle de la sociabilité des personnes âgées avec leur entourage
(anciens collègues de travail, amis, voisins, commerçants et services), augmentant
avec l’âge [26] .
| |
Personnes âgées de 60 à 64 ans |
Personnes âgées de 80 ans et plus |
| Femmes |
8,2 interlocuteurs hebdomadaires |
5,1 interlocuteurs hebdomadaires |
| Hommes |
7,4 |
5,3 |
Par contre les liens avec les enfants et petits enfants
demeurent plus stables : autour de deux interlocuteurs hebdomadaires. Une
telle réactivation des solidarités familiales est porteuse car il est démontré
que « les personnes âgées qui, dans le passé, ont pris soin de la génération
antérieure, aujourd’hui disparue, reçoivent plus souvent que les autres des
soins de la part de leurs enfants » [27]
. C’est encore souligner par là l’attention qu’il convient d’apporter
aux aidants naturels.
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B
- Aider l’aîné(e) et ses aidants
A partir des expériences du terrain - dont certaines
sont manifestement riches, d’autres notoirement insuffisantes - et des
travaux scientifiques [28]
, il importe de consolider les bonnes pratiques et de promouvoir
les initiatives prometteuses en apportant une aide - entendue au sens large -
adaptée aux intéressés : l’aîné, les aidants naturels et les aidants professionnels.
1.
Aider l’aîné(e)
C’est vers l’aîné(e) que se dirige l’ensemble des aides,
dès lors que sa situation personnelle le requiert. Les campagnes de sensibilisation
évoquées précédemment l’auront informée, ainsi que sa famille, de la nature
des victimisations qui risquent de l’atteindre, des moyens socio-économiques
disponibles et des recours mobilisables, aux plans social, sanitaire et juridique.
L’essentiel consiste alors à toujours placer l’aîné(e) au centre des dispositifs
mis en place, de lui offrir des alternatives et la liberté de choix, car c’est
de l’avenir de sa propre vie qu’il s’agit. La vieillesse n’est pas une maladie,
mais une situation parfois crisique, en tout cas évolutive et dynamique. L’expression
de la parole de la personne âgée sur tout ce qui la concerne apparaît vraiment
fondamentale, afin notamment de contenir l’émotion qui la submerge à cause de
la mort annoncée et qui se rapproche inéluctablement ou lorsque le deuil du
« chez soi » est inévitable [29]
.
Selon son état de dépendance, l’aîné(e) aura besoin
d’aides financières lui permettant d’affronter les difficultés d’ordre matériel
qu’elle rencontre : de la satisfaction des nécessités élémentaires de la
vie quotidienne à l’aménagement de son lieu de vie. Il importe simplement de
lui rendre facilement accessible les lieux dispensateurs d’aide, tant en ce
qui concerne les organismes payeurs que ceux prestataires de service.
retour au plan du texte
2.
Aider la famille
La famille joue un rôle considérable dans l’accompagnement
des personnes âgées, qu’elles soient demeurées à leur propre domicile ou qu’elles
aient rejoint le foyer d’un enfant ou d’un proche parent [30] . Le « ciment des solidarités familiales »
est en effet « largement composé d’échanges, de dettes et de réciprocités » [31]
. Mais la famille aidante doit pouvoir obtenir conseils et assistances
relativement à l’accompagnement du parent, voire du grand parent. Leur accès
aux dispositifs d’aide doit être également facilité, en fonction de leur situation
familiale et professionnelle [32]
personnelle. Le respect du « droit au répit » doit être
fortement consolidé par la mise en place de structures d’accueil temporaire.
La famille doit encore pouvoir bénéficier d’un soutien psychologique et social
en cas de problèmes ponctuels ou lorsqu’est envisagé le placement de la personne
jusqu’alors prise en charge. L’entrée en institution doit être vécue par tous
comme un fait positif d’adaptation à la situation nouvelle de dépendance et
non comme un renoncement tragique [33]
ou un constat désespéré [34]
.
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3.
Aider les institutions spécialisées dans l’accueil des aîné(e)s
Au regard de l’accroissement de la population des personnes
âgées de plus de 60 ans, dont on sait que 10 % d’entre elles sont dépendantes,
il convient de multiplier les lieux d’accueil. Néanmoins, un contrôle très sérieux
de l’Etat ou des collectivités territoriales devra porter sur les habilitations
accordées à de tels établissements [35]
. Le prix de journée devra permettre à l’institution de remplir dans
les meilleures conditions sa triple fonction : hôtelière, hospitalière
et sociale. On n’insistera jamais assez sur l’attention qui doit être portée
à l’hygiène et la sécurité des locaux, l’aménagement des espaces de vie privatifs
et collectifs [36]
, la qualité des soins, le maintien des relations familiale et de
la vie culturelle des résidents [37]
. Plus qu’ailleurs, la personne placée en institution doit participer
encore davantage, autant que faire se peut, aux décisions relatives à la communauté
de vie, aux activités (domestiques, culinaires, de jardinage.), aux groupes
de loisirs et de culture. Cette implication dans un « projet de vie »
constitue non seulement un moyen de lutte efficace contre l’apathie mais permet
surtout de prévenir la dépression [38]
.
Les divers personnels doivent être en nombre suffisant
pour permettre la personnalisation des soins et, surtout, un équitable roulement
des tâches les plus pénibles. La confrontation permanente à la vieillesse et
à la mort est de nature à provoquer le désinvestissement, la lassitude et/ou
l’épuisement des personnels : les risques de victimisations augmentent
alors notablement.
Dans le même esprit, toute institution doit avoir un
réel projet de soins et d’accompagnement, mis en ouvre par des professionnels
formés et motivés, dans le cadre d’une organisation concertée du travail.
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4.
Aider les intervenants professionnels
Qu’ils interviennent au domicile de la personne dépendante
ou en institution, les « entourants » doivent aussi être respectés :
leur droit à exercer leur travail dans la dignité et la sécurité est absolu [39]
.
La formation adaptée aux spécialités professionnelles
de chacun doit permettre d’organiser les pratiques autour de trois principes
déontologiques fondamentaux : bienveillance (être réellement aidant et
non prestataire de services ; droit aux soins les moins restrictifs et
les moins intrusifs possible), autonomie (respect du droit à l’autodétermination,
de la confidentialité), non malveillance (avant la prise de toute décision,
exclusion de tout mauvais traitements) [40]
.
En complément à cette formation de base, une spécialisation [41]
sur les caractéristiques psychologiques et sociales de la vieillesse
doit être dispensée à tous les personnels, quel que soit le niveau ou la nature
des responsabilités de chacun car, en gérontologie comme ailleurs, il convient
de se méfier des disciples de Monsieur Jourdain. La mise à jour régulière des
connaissances acquises est tout autant nécessaire, par le biais de la formation
permanente. Une telle formation doit conduire à favoriser les attitudes et comportements
de reconnaissance (de l’aîné(e), de sa famille, de son histoire de vie), de
compréhension et d’accompagnement. Un regard, un geste, un sourire et, surtout,
une parole sont fortement réparateurs. Il importe, le plus souvent possible,
de restaurer l’estime de soi de l’aîné(e) tant le déclin physique ne peut en
rien être assimilé à un vieillissement affectif. En un mot, il importe de toujours
considérer l’aîné(e) surtout pas comme objet mais comme sujet de soins et d’attentions.
A contrario, mettre au contact de personnes particulièrement vulnérables
des professionnels insuffisamment formés devient une autre forme de violence.
Quant aux intervenants eux-mêmes, héroïques « soignants
de l’extrême » en ce qu’ils aident à vivre et à mourir des personnes âgées [42]
, ils requièrent une écoute et un accompagnement psychologique particuliers.
En ce sens, tous les problèmes liés aux prises en charge des aîné(e)s doivent
être discutés dans des groupes de parole de soignants afin de dédramatiser les
situations. A défaut de parler les régressions physiques et psychiques des patients,
conduisant inéluctablement à la mort, les souffrances consécutives qui envahiront
les soignants pourront conduire à la négation du patient, à sa déshumanisation [43]
.
La pertinence des interventions professionnelles suppose
encore que des outils performants et variés soient mis à la disposition des
aidants : en terme de dépistage des facteurs de risques ou des sévices
infligés par les aidants naturels ; de diagnostic médical voire médico-légal
(régression physiologique versus environnement défavorable), de signalement
(à la hiérarchie, aux services sanitaires et sociaux, à la justice) [44]
.
Il demeure tout aussi essentiel qu’une véritable culture
de partenariat soit à l’ouvre dans le cadre d’un réseau local d’accueil, d’aide
et d’accompagnement social, psychologique et médical, que la prise en charge
ait lieu à domicile ou en institution. Les antennes de l’Association ALMA comme
les services d’aides aux victimes fédérées au sein de l’INAVEM sont amenés à
y jouer un rôle primordial. Il faut en effet se convaincre que seule une approche
résolument globale offre la possibilité de prévenir, saisir et traiter la complexité
humaine de la victimisation des aîné(e)s.
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Conclusion
Sans aucun doute, la victimisation des aîné(e)s émerge
lentement des préoccupations sociales contemporaines. Cependant, nous ne pouvons
plus ignorer l’ampleur et la gravité du phénomène. Et à défaut d’aborder de
front et d’urgence les deux aspects précédemment évoqués (rompre le silence
et aider les aidants), il nous faudra - ne nous faudrait-il pas déjà - ajouter
à la liste des victimisations subies par les aîné(e)s la violence le loi, la
violence sociétale plus généralement [45]
. Pour apparaître plus symbolique et diffuse, elle n’en demeure pas
moins dévastatrice par la négation du droit à une vieillesse sereine, au regard
de l’insuffisance criante des politiques et actions entreprises.
Sylvain Maltaverne, lors d’un très récent colloque à
Lyon sur ce même thème, concluait son intervention par l’interpellation des
participants : « Si vous ne regardez pas les vieux maintenant, vous
verrez-vous plus tard ? ». Il est tentant d’ajouter que si nous n’aidons
pas les générations actuelles (des plus jeunes aux plus âgées) à se respecter,
à s’aimer, qui nous respectera, qui nous aimera le jour venu ? La parole
d’Yvonne, une dame âgée qui se souvient d’avoir été jeune, mérite en ce sens
d’être mûrie : « J’observais les vieux, les « seniors »
comme on dit maintenant. Eh bien ! J’aurais eu du mal à croire que j’allais
attraper la même tête qu’eux. J’étais persuadée que j’allais vieillir autrement
qu’eux. que je paraîtrais plus jeune !. Coupez-moi les bras, les jambes,
la tête, que mon corps se remette à bourgeonner, même s’il n’a jamais été le
plus beau du monde... Mais comment voulez-vous fleurir dans le désert ! » [46]
.
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_______________________
[1] . V. La victimisation des aîné(e)s,
Actes des XVIIèmes Assises de l’INAVEM (Pau), Ed. L’Harmattan, Coll. Sciences
criminelles, 2002, à paraître ; R. Cario, Victimologie. De l’effraction
du lien intersubjectif à la restauration sociale, Ed. L’Harmattan, Coll.
Traité de Sciences criminelles, Vol. 2-1, 2è éd. 2001, 272 p.
[2] . V. M.J. Stones, Portée et définition des mauvais
traitements et de la négligence à l’endroit des personnes âgées, In M.J.
MacLean (Dir.), Mauvais traitements auprès des personnes âgées : stratégies
de changement, Pub. Association canadienne de gérontologie, Ed. Saint
Martin, Montréal, 1995, pp. 151-157.
[3] . Sur les aspects historiques de cette violence,
V. not. G. Minois, Histoire de la vieillesse, Ed. Fayard, 1987, 442 p. ;
J.P. Bois, Les vieux, Ed. Fayard, 1989, 448 p.
[4] . V. R. Hugonot, La vieillesse maltraitée,
Ed. Dunod, 1998, p. XIV.
[5] . J.M. Elchardus, D. Milani-Bachmann, L’âge
des atteintes, In Victimes et société, Actes du XXVè Congrès de l’Association
Française de Criminologie, Grenoble, 1989, multigraph., pp. 128-134 ;
V. également J.L. Reulet, Evolution des relations familiales avec l’avancée
en âge, In Maltraitances des personnes âgées, Pub. UNASSAD, multigraph., 1997-42, pp. 17-21.
[6] . V. not. R. Hugonot, Violences contre les vieux, Ed. Erès,
1990, p. ; C. de Saussure (Dir.), Vieillards martyrs, vieillards tirelire,
Ed. Médecine et Hygiène, 1999, 181 p.
[8] . V. art. 2 (droit à la vie), 3 (interdiction
de la torture ou de traitements inhumains et dégradants), art. 5 (droit à
la liberté), 8 (droit au respect de la vie privée et familiale, du domicile
et de la correspondance), 9 (droit à la liberté de pensée, de conscience et
de religion), 10 (droit à la liberté d’expression) de la Convention Européenne
de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;
art. 9 C. civ. ; art. 13 du Traité d’Amsterdam sur la non discrimination ;
V. Charte des droits et liberté des personnes âgées dépendantes, établie par
la Fondation nationale française de gérontologie en 1986, complétée en 1997 ;
Charte du patient hospitalisé, In Circ. 95-22 du 6 mai 1995.
[9] . De tels résultats sont assez proches de ce
que la plupart des chercheurs observent ; V. Le site « Réseau internet
francophone violence et handicap. Dépistage et prévention », http://www.fep.umontreal.ca/handicap ;
sur les violences en institution, V. not. S. Maza et M. Carrière, Les victimisations
des aînés en institution, Univ. de Pau, multigraph., 2000, 52 p. ;
Violences et maltraitances possibles en institution pour personnes âgées,
à consulter sur le site « Gérontologie en institution », C.H. Mazamet,
http://www.multimania.com/papidoc.
[10] . Sur ces aspects, V. not. E. De Greeff, Criminogénèse,
In Actes du IIème Congrès International de Criminologie, PUF, Tome
IV, 1951-55 ; D. Matza, Delinquency and drift, Ed. J. Wiley, 1964,
199 p. ; J. Pinatel, Le phénomène criminel, Ed. M.A., 1987,
pp. 129-130 ; R. Cario, Jeunes délinquants. A la recherche de la socialisation
perdue, Ed. L’Harmattan, coll. Sciences criminelles, 2é éd. 2000, p. 171 et s.
[11] . V. sur ce point not. C. de Saussure, Le vieillard
auteur de violences à domicile, In Gérontologie et société, 2000-92,
pp. 161-166 ; E.A. Fattah, V.F. Sacco, Crime and victimization of
the elderly, Ed. Springer-Verlag, 1989, 310 p. ; S. Gravel ;
M. Beaulieu, M. Lithwick, Quand vieillir ensemble fait mal : les mauvais
traitements entre conjoints âgés, In Criminologie, Vol. 30-2, pp. 67-86.
[12] . Comp. R. Cario, Introduction aux sciences
criminelles, Ed. L’Harmattan, Coll. Traité de Sciences criminelles, Vol.
4, 3è éd. 2001, p. 55 et s.
[13] . V. J.M. Elchardus, op. cit., pp. 125-126.
[14] . V. B. Préel, Le choc des générations,
Ed. La découverte, 2000 ; M. Huret, Que faire pour nos vieux parents ?,
In L’Express, 19 oct. 2000, p. 102-114.
[15] . V. Le Monde du 28 mars 2001/11.
[16] . V. F. Ferrey, Personnes âgées et domicile,
In Soins gérontologiques, 2000-22, pp. 4-17.
[17] . La Prestation Spécifique Dépendance concerne
à ce jour 135 000 personnes et l’Allocation compensatrice à la tierce
personne 40 000 ; L’allocation pour perte d’autonomie a été instituée
par la Loi du 20 juillet 2001. V. D. du 21 nov. 01, In J.O. du 21.
[18] . V. en ce sens not. R. Moulias, S. Meaume, L.
Girard, Maltraitance des hommes, In Gérontologie et société, 2000-92,
pp. 95-101 ; E. Podnieks, E. Baillie, La formation et l’éducation comme
moyens de prévenir les mauvais traitements et la négligence à l’endroit des
personnes âgées, In M.J. MacLean, op. cit., pp. 113-130.
[19] . V. en ce sens, J. Kosak, T. Elmslie, J. Verdon,
Perspectives épidémiologiques des mauvais traitements et de la négligence
à l’endroit des personnes âgées : revue des textes de recherche nationale
et internationale, In J. MacLean, op. cit., pp. 175-190.
[20] . Strasbourg, multigraph., 1986, 16 p.
[21] . V. not. I. Hydle, La violence au sein de la famille à l’échelle
continentale, In Bull. Acad. Nat. de médecine, 1991-5, pp. 735-742.
[22]. R. Moulias et al., op. cit., p. 101.
[23] . Annexée à la circulaire 95-22 du 6 mai 1995.
[24] . V. R. Hugonot, La vieillesse maltraitée, op.
cit., pp. 217 et s.
[25] . V. not. art. 48 de la Charte votée le 27 juin
1975 : « Toute personne âgée ou toute personne handicapée a droit
d’être protégée contre toute forme d’exploitation. Telle personne a aussi
droit à la protection et à la sécurité que doivent lui apporter sa famille
ou les personnes qui en tiennent lieu ». Au sens de la Charte, exploiter
une personne âgée ou handicapée, c’est profiter de son état de dépendance
ou de vulnérabilité pour la priver de ses droits, par exemple, en lui soutirant
de l’argent, en lui infligeant des mauvais traitement ou encore en la privant
des soins nécessaires à sa santé, sa sécurité ou à son bien-être ; V.
M. Lithwick, L’exploitation des personnes âgées, Mémoire à la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, multigraph., 2000,
34 p.
[26] . M. Blanpain et al., La sociabilité des personnes
âgées, INSEE Première, 1999-644, 4 p.
[27] . C. Attias-Donfut, Familles : des générations
solidaires, In Sciences humaines, Hors série, 2001-33, pp. 30-34 ;
C. Attias-Donfut, M. Segalen, Grands-parents. La famille à travers les
générations, Ed. O. Jacob, 1998.
[28] . Sur leur complémentarité, V. not. M. Beaulieu,
S. Gravel, M. Lithwick, La recherche en partenariat sur les mauvais traitements
envers les personnes âgées : une expérience éthique en action, In
Le Gérontophile, 1996, Vol. 18-3, pp. 26-34.
[29] . A. Quaderi, Difficultés et paradoxes de l’action
préventive en gérontologie, In Journal des Psychologues, 2000-180,
pp. 45-50.
[30] . V. not. P. Breuil-Genier, Aides aux personnes
âgées dépendantes : la famille intervient plus que les professionnels,
In Economie et statistiques, 1998, 316-317.
[31] . V. C. Attias-Donfut, op. cit., p. 33.
[32] . V. not. les politiques de management « work-life »
pratiquées par certaines entreprises états-uniennes pour aider leurs salariés
à accompagner leurs parents dépendants (conseil social, aide psychologique,
aide financière ponctuelle, mise en place de réseaux d’aide.). Ce surcroît
d’activités pour les salariés occasionnent des retards, absences, retraites
anticipées dont le coût pour les entreprises est estimé à 11,4 millions $,
In Le Monde, 6 fév. 2001, p. X.
[33] . G. Ferrey, Psychopathologie de la personne
âgée à domicile, In Soins gérontologiques, 2000-92, pp. 4-7 ;
du même auteur, Dans quelles circonstances le lieu de vie devient-il inhospitalier ?,
Ibid., pp. 8-17 ; R. Hugonot, Existe-t-il des institutions au-dessus
de tout soupçon, In Gérontologie et société, 2000-92, pp. 59-65.
[34] . Il importe en effet de se souvenir que, selon
les statistiques sanitaires, 30 % des entrants en Maison de retraite
meurent durant l’année.
[35] . Comp. M. Berthel, Entre excès de suspicion
et négligence, In Gérontologie et société, 2000-92, pp. 113-119.
[36] . V. néanmoins P.Y. Malo, Des conduites sécuritaires
au risque de maltraitance, In Gérontologie et société, 2000-92, pp.
135-150 ; J.J. Amyot, A. Villez, Risque, responsabilité, éthique dans
les pratiques gérontologiques, Ed. Dunod, 2001, p. 9 et s.
[37] . Sur l’importance de la parole, de la communication,
V. not. R. Laforesterie, Revaloriser la personne âgée par la créativité, In
Le journal des psychologues, 2000-180, pp. 50-53.
[38]. V. A. Quaderi, op. cit., pp. 45-50.
[39] . V. not. G. Laroque, Les cultures, les acteurs
et la maltraitance, In Gérontologie et société, 2000-92, pp. 67-73.
[40] . V. L. McDonald, E. Pittaway, D. Nahmiash, Considérations
touchant la pratique dans les cas de mauvais traitements à l’endroit des personnes
âgées, In M.J. MacLean, op. cit., pp. 21-35 ; M. Beaulieu,
L’éthique appliquée au champ du vieillissement humain concernant des pratiques
d’intervention face aux mauvais traitements en institution, In Ethica,
1996-7-1, pp. 31-48.
[41] . Sur l’adaptation de ces formations spécialisées,
V. not. M.M. Ross, L.A. Hoff, La formation des professionnels de la santé :
guide sur la préparation de programmes multidisciplinaires sur les mauvais
traitements et la négligence à l’endroit des personnes âgées, In M.J.
MacLean, op. cit., pp. 131-146.
[42] . V. M. Trouilloud, Les défaillances dans les
soins gériatriques. Eléments de compréhension, In Gérontologie et société,
2000-92, pp. 103-112.
[43] . V. I. Donnio, Les maltraitances : des
impasses relationnelles aux alternatives. La reconquête de la liberté ?,
In La maltraitance des personnes âgées, op. cit.(1997), pp.
33-50.
[44] . Sur la variété et la pertinence de ces divers
outils, V. not. M. Reis, D. Nahmiash, Les mauvais traitements à l’égard
des personnes âgées. Un manuel d’intervention, Les Presses de l’Univ.
de Laval, 1998, 134 p. ; M. Lithwick et al. (Dir.), Personnes
âgées victimes d’abus et de négligence. Protocole et guide d’intervention,
pub. Centre Local de Ressources Communautaires René-Cassin, Montréal, Vol.
1, « Rompre le silence », 1993, multigraph., 32 p. plus Annexes ;
Ibid., Vol. 3, « L’intervention auprès des aînés maltraités provenant
des communautés ethnoculturelles et leur famille : un guide à l’intention
des intervenants », 1997, 54 p. ; Ibid., Vol. 4, « Pas
dans notre communauté. Prévenir les mauvais traitements envers les aînés :
un guide à l’intention des communautés ethnocultutrelles », 1997, 66 p. ;
R. Hugonot, La vieillesse maltraitée, op. cit., p. 54 et s.
[45] . V. en ce sens not. R. Moulias, S. Meaume, L.
Girard, Maltraitance des hommes, op. cit., p. 98 et s. ;
R. Hugonot, op. cit. (1998), p. 135 et s.
[46] . Cité par K. Vilarasau, Respecter la
dignité des personnes âgées, In Valeurs Mutualistes, déc. 2000, pp.
19-23.
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